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Charles et Henri Beaubrun

"Portrait de Marie Louise Pot de Rhodes, duchesse de Vitry. Ecole française, huile sur toile de la moitié du XVIIème siècle"

Délicat tableau d'époque 17ème siècle, représentant Marie Louise Pot de Rhodes, duchesse de Vitry, née à la Ferté-sous-Reuilly.


La famille Pot, originaire du nord du Limousin, est bien connue en Berry où elle a tenu un rang notable au sein de l’aristocratie régionale. Sa branche la plus fameuse, qui s’est illustrée au service des ducs de Bourgogne au 15e siècle, y a donné son nom au château de la Prune-au-Pot, tandis que des branches cadettes ont perduré entre Berry et Marche jusqu’au début du 18e siècle, possédant notamment les seigneuries de Rhodes (à Mouhet), Chassingrimont (à Saint-Civran) et Chazelet.

Les Pot de Rhodes accédèrent, au 16e siècle, à des fonctions éminentes à la cour : Jean (+ 1571), Guillaume (+ 1603), François (+1619) et Claude Pot (+ 1642), seigneurs de Rhodes, se succédèrent ainsi dans la charge de prévôt puis grand-maître des Cérémonies de France, fonction qui demeura dans leur famille jusqu’en 1684. A ce titre, les Pot de Rhodes étaient chargés de l’organisation des cérémonies royales ; ils étaient également prévôts des deux ordres royaux de Saint-Michel et du Saint-Esprit.

Claude Pot, ayant épousé Louise-Henriette de La Châtre, fille de Louis de La Châtre, maréchal de France et gouverneur du Berry, eut une fille de ce mariage : Marie Louise Aimée Pot naquit au château de la Ferté (Reuilly) au printemps 1634, où sa mère Henriette de La Châtre, qui habitait ordinairement le château de la Maisonfort (Genouilly), s’était retirée pour accoucher discrètement – son mariage l’année précédente avec Claude Pot ayant été prononcé à Menetou-Salon en secret, en raison de la situation matrimoniale complexe de la mariée. Henriette de La Châtre mourut en couches. Sa fille, épousa en 1646 François-Marie de L’Hospital, duc de Vitry, et vécut jusqu’en 1684 [1].


Notre sujet incarne une jeune femme, Marie Louise Pot de Rhodes, alors âgée d'une vingtaine d'années.

La richesse de la robe de soie bleu rebrodée de perles et de fils d'or, de pierreries, de voilages et de dentelles, renforce l'importance de son rang.

Nous retrouvons le fameux collier de perles qui sera l'un des bijoux les plus populaires au sein de l'aristocratie et ce, depuis les années 1630.

La coiffure "à la garcette" de notre modèle indique l'importante condition de sa porteuse et fait souvent partie du style baroque du XVIIème siècle. D'origine espagnole, cette fine frange bouclée fut mise à la mode par la Reine Anne d'Autriche. Elle perdura des années 1630 à 1660.


Les caractéristiques stylistiques de notre peinture sont très proches d'autres portraits réalisés par les frères Beaubrun, représentant maintes femmes de la Cour de France souvent avec les mêmes attributs, incarnant ainsi un idéal de beauté féminine. Ce style minutieux et précieux, inspiré du modèle hollandais est typique des réalisations de Charles et Henri Beaubrun.


L'atmosphère générale, soulignant l'intimité du modèle dans un intérieur, est renforcée par un subtil jeu entre la lumière crue, venant de la droite, et les ombres profondes qu'elle créée, à son opposé, sur les tissus et les chairs. La reprise de l'éclairage, derrière le cou du modèle, souligne ainsi la courbe naturelle du corps.

Le visage est traité avec une grande finesse dans le velouté des chairs, tout entier dévolu à la lumière. Le teint porcelainé, la bouche toute de corail, la douceur du regard qui s'illumine d'une grande poésie, caractérisent un remarquable travail au niveau des carnations, dans la subtilité de la physionomie ainsi que dans la précision du dessin.


Notre tableau est emprunt d'une remarquable technique et démontre le talent des deux peintres à s'inspirer des portraits dessinés du XVIème siècle avec une note légèrement solennelle qui leur vient sans doute de F. Pourbus le Jeune.


Il est à noter que leurs œuvres sont principalement réalisées conjointement. D'ailleurs, Louis XIV aimait voir les deux artistes mettre une touche après l'autre et s'amusait à les faire changer de main sans que le style change. Cette habitude du travail en commun est attestée par un tableau peint par leur élève Martin Lambert. Celui-ci, pour sa réception à l'Académie en 1663, les représenta assis tous les deux pour travailler à un même ouvrage, un portrait de femme, Henri donnant un conseil à son cousin qui tient la palette et les pinceaux à la main. Cette association engage à ne pas chercher à distinguer la main de chacun des deux cousins qui faisaient tout pour être confondus.


Jusqu'à la fin des années 1660, les portraits d'Henri Beaubrun et de son cousin Charles Beaubrun connaissent un très grand succès.

Appréciés de la famille royale et notamment de la reine mère Anne d'Autriche, les deux artistes se constituent une riche clientèle aristocratique au milieu de laquelle brillent bon nombre de dames de la cour. Ces portraits, dont le caractère officiel est manifeste, ont, pour certains d'entre eux, été commandés par le roi lui-même pour orner ses résidences. Louis XIV s'inspirait alors d'une vogue née en Italie à la fin du XVe siècle et qui consistait à réunir dans une galerie ou un cabinet, une collection de portraits de femmes remarquables par leur beauté.

Ces tableaux offrent un véritable instantané de la cour de France à l'aube du nouveau règne et illustrent à leur manière cette décennie brillante où, la paix retrouvée à l'intérieur comme à l'extérieur du royaume, prélude à l'essor du Grand Siècle.


Notre peinture date de la moitié du 17ème siècle siècle, vers 1660. Œuvre réalisée par Charles et Henri Beaubrun. Elle est présentée dans un cadre doré d'époque postérieure.


[1] Nous remercions M. Georges Magnier, Conservateur du patrimoine, Directeur des musées de la ville de Reims, pour les précisions généalogiques de cette notice.



Littérature

Henri et Charles Beaubrun sont des peintres français actifs à la cour des rois Louis XIII puis Louis XIV et spécialisés dans les portraits des reines de France. Charles et son cousin, Henri Beaubrun, appartiennent à une famille de portraitistes français du XVIIe siècle. Ils étudient la peinture auprès de leur oncle, Louis Bobrun. Henri est très tôt attaché au roi Louis XIII, grâce à la charge de valet de garde-robe qu'occupait son père. Il devint ainsi porte-arquebuse du Roi. Georges Guillet de Saint-George, à propos d'Henri, écrit : « Sa Majesté […] ayant remarqué qu'il avait une grande disposition au dessin, voulût qu'il s'y attachât et qu'en apprenant à peindre, il apprît aussi ce qui est essentiel à la peinture comme la perspective, l'architecture et les quelques principes de géométrie... Lorsqu'après la mort de son père, il eut été reçu valet de garde-robe, il continua si heureusement ses premières études, malgré la distraction de sa charge, que le roi lui fit l'honneur de le choisir pour lui montrer à peindre le pastel... ». Il est ainsi engagé comme portraitiste, avec son cousin Charles, à la cour de Louis XIII puis Louis XIV, après qu'ils ont réalisé le tableau intitulé Louis XIV et la Dame Longuet de la Giraudière, la première nourrice. Les cousins collaborent alors entre 1630 et 1675, peignent de nombreux portraits officiels et se spécialisent dans les portraits des reines de France. Au milieu du siècle, ils connaissent un grand succès auprès des dames de la cour et plus particulièrement des adeptes de l'ancien style formaliste et courtois de Frans Pourbus le Jeune. Leurs œuvres sont principalement réalisées conjointement. Leur collaboration est telle qu'il est impossible de différencier leur coup de main. Leurs œuvres individuelles leur sont ainsi conjointement attribuées. En 1648, ils participent à la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture.



Charles et Henri Beaubrun

référence :

prix :

époque :

matière :

dimensions :

0192

5 900 €

Circa 1660

Huile sur toîle

H. 83 cm x L. 73,5 cm

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